6.1. Les sites de réduction du fer en milieu rural

L’impression d’une grande diversité des cas de figure observables pour les activités de réduction en milieu rural, telle quelle se dégage donc à l’heure actuelle de l’étude d’autres régions de la Gaule, se confirme également pour le Nord de la Gaule et le Rhénanie romaine.

Il est toutefois nécessaire de souligner que pour un grand nombre des sites de réduction connus, nous ignorons tout du cadre dans lequel les activités de réduction du fer ont eu lieu. En effet, dans la grande majorité des cas ces sites ne sont connus que par des scories ou autres traces d’activités métallurgiques trouvées lors de prospections en surface, sans que la nature du site ni son environnement archéologique ne puissent pour l’instant être déterminés avec précision.

Pour un certain nombre de ces sites, il semble cependant possible d’exclure leur lien direct avec une villa respectivement un établissement rural à fonction agricole. Ces sites peuvent être répartis en trois catégories différentes:

1. Les sites de réduction sans lien direct avec un habitat et pour lesquels seulement la production de fer brut est attestée

Ces sites sont pour la plupart très mal connus. Un exemple-type de cette catégorie est le site de Serrig-Volkesgewann(30), où de grandes quantités de scories ont été découvertes dans le secteur Volkesgewann, au pied du versant ouest de la Hardthöhe, dans un secteur aujourd'hui densement boisé. La fouille partielle a livré du matériel romain (fragments de tuiles, céramique du début du IIe siècle), qui permet d'attribuer la formation du crassier à l'époque romaine. Les fours n'ont pas été découverts mais certaines scories et les fragments de parois de fours découverts permettent de conclure à l'existence de deux types de fours, avec et sans écoulement des scories.

Il est cependant intéressant de constater que parmi les sites de cette catégorie qu’il est possible de dater avec un peu plus de précision à l’intérieur, une partie non négligeable appartiennent au Bas-Empire voire même au passage vers le haut moyen âge, p. ex. les sites de Bourlers (37) : (IVe-Ve siècle), de Frouard (79) (Ve-VIe siècle) et de Hussigny-Godbrange (87) (Ve-VIe siècle).

2. Les petits ateliers qui combinent la réduction du fer à des étappes postérieures de la chaîne opératoire et qui sont dans certains cas dotés de bâtiments d’habitation:

Les sites de la Gaule du Nord et de la Rhénanie attribuables à cette catégorie restent encore très peu nombreux à l’état actuel de la recherche. Ils sont au nombre de trois seulement:

3) Les sites de réduction liés à un un habitat groupé («villages de mineurs et de sidérurgistes»?)

Pour deux des sites ayant livré des indices pour la réduction de minerai der fer, les rapports de fouille, malheureusement anciens et lacunaires, suggèrent l’existence d’un habitat de type groupé en relation spatiale directe avec l’extraction respectivement la réduction du minerai.

Ahrweiler (1): Dans la région de Ahrweiler, les traces de l'extraction en surface du minerai de fer se répartissent sur une surface de 20 km2. Plusieurs sites ont livré des bâtiments d'habitation groupés, en un cas, cet habitat groupé semble même avoir été entouré d'un fossé accompagné dun rempart de terre. De 1958 à 1965 plusieurs campagnes de fouilles sous la conduite de O. Kleemann ont été effectuées sur un parmi aux moins sept sites sidérurgiques romains connus dans la forêt au sud de l'Ahr. Un bâtiment de cet habitat groupé a livré un four et des scories.

Morville-Anthée-Bois-des-Dames (35): Un ensemble de treize bâtiments et de treize tombes fut fouillé entre 1878 et 1879. "Parmi les habitations" furent reconnus "six fourneaux à traiter le fer", dont seulement deux sont connus un peu plus en détail.

Pour un nombre important de sites de réduction connus jusqu’à présent en Gaule du Nord et en Rhénanie romaine, il ne semble par conséquent pas possible à l’heure actuelle de conclure à l’existence d’un lien direct avec les bâtiments des villae. Il semble donc qu’à l’instar d’autres régions mieux connues grâce aux recherches récentes, tel le territoire des Bituriges (Dieudonné-Glad 1991) ou la Bourgogne ( Mangin et alii 1992), l’essentiel de la fabication du fer à partir du minerai soit une activité rurale certes, mais qui se développe à l’écart des bâtiments des exploitations agricoles.