6.3. Le rôle de villae dans la transformation et le travail du fer
Une autre question importante dans le cadre de notre étude est celle de lévaluation du poids relatif des activités dites de «post-réduction» sur les villae par rapport à celles ayant eu lieu dans les agglomérations secondaires respectivement les sites urbains.
De très nombreuses villae de la Gaule du Nord et de la Rhénanie ont livré des indices permettant de conclure à des activités de transformation de fer brut et/ou de travail du fer. Mais il faut malheureusement constater que dans la plupart des cas, ces indices se limitent à la présence de scories de forge respectivement de lingots de fer dans le matériel archéologique. Même dans certains des cas où les bâtiments qui ont livré ces matériaux ont fait lobjet de fouilles, les installations métallurgiques correspondantes à ces activités ne sont pas connues avec suffisamment de précision pour pouvoir déterminer avec certitude les étapes de la chaîne opératoire qui y ont eu lieu.
Si la base documentaire est par conséquent à lheure actuelle bien trop faible pour permettre des analyses statistiques, il est néanmoins déjà possible de distinguer plusieurs cas de figure concernant le moment de linstallation aussi bien que la fonction de ces structures (dans bien des cas le terme «atelier» semble trop prétentieux) de transformation et de travail du fer sur des sites de villae.
1. Activités précédant la construction de la villa
Dans quelques cas, les fouilles ont livré des installations destinées au travail du fer qui précèdent la construction de la villa correspondante, dumoins des bâtiments en pierre de celle-ci. Un exemple qui illustre ce groupe est le sites de Hambach-Niederzier(12) (voir fig. 7), qui a livré quatre fours, dont un, situé dans le bâtiment principal, à livré des scories de fer. Les fours sont probablement en relation avec un bâtiment en bois qui a précédé le bâtiment d'habitation en pierre de la villa.
Certaines de ces structures sont peut-être à voir en relation directe avec la construction en dur des bâtiments de la villa respectivement avec des travaux de transformation importants. Il sagirait donc dactivités exceptionnelles entreprises pendant un laps de temps assez court et qui ne rentrent pas dans les activités «normales» du domaine.
2. Activités durant la phase doccupation «normale» de la villa
La très grande majorité des ateliers quil est possible de rattacher à la période de fonctionnement «normal» de la villa appartiennent sans aucun doute à la catégorie des simples forges de ferme, destinées avant tout à permettre la réparation du matériel agricole. Il convient par ailleurs de souligner que ces travaux de réparation ne nécessitaient pas dans tous les cas lexistence dun bâtiment en dur.
Rares sont par contre les exemples dateliers installés sur des villae pour lequels les dimensions des bâtiments concernés respectivement la nature du matériel archéologique qui y a été découvert font entrevoir la possibilité dune activité dépassant de tels travaux de réparation et incluant la confection dobjets finis en fer respectivement même des activités métallurgiques portant sur dautres métaux que le fer.
Il en est ainsi p. ex. à Bietigheim-Bissingen (6), villa dont la forge occupe un bâtiment de 13,8 sur 7 m, sousdivisé en deux parties, ainsi quà Altheim-Heidenhübel(3) (voir fig. 8), villa qui a livré les vestiges d'une forge assez complète mais aussi deux enclumes, un marteau, un fragment de lingot ainsi que des produits semi-finis en bronze et en fer.
Dans le cas de la forge de la villa du Bois-Brûlé à Maubeuge (98), la quantité de débris métalliques découverts fait penser à une production dobjets de fer à partir de métal récupéré, production qui na cependant certainement pas été très importante.
Dans le cas de la célèbre villa dAnthée (36),des découvertes anciennes permettent de conclure à des activités de métallurgie du fer et du cuivre (ainsi que peut-être du plomb) dans le bâtiment XII de la cour «agricole». Au moins trois «bas fourneaux» aménagés à quelques mètres au nord-est de cet édifice ainsi quun foyer carré (qui a servi de foyer de bronzier) aménagé à langle sud-ouest du bâtiment ont été découverts. Une masse informe de laiton et de nombreux résidus de plomb ont été retouvés à proximité ou à lintérieur du bâtiment XII ainsi que du bâtiment voisin XIII. A lintérieur et aux alentours immédiats des deux constructions, divers outils (marteaux, pierres à aiguiser,...) ont été trouvés.
3. Activités du Bas-Empire:
Comme nous avons déjà pu le constater pour les activités de réduction, dans certains cas les activités de transformation respectivement de travail du fer observables sur des villae sinscrivent dans la dernière phase doccupation de ces établissements. Parfois elles-aussi participent à une réaffectation partielle des anciens bâtiments dhabitation de la villa à de nouvelles fonctions économiques voire à une occupation «parasite» des bâtiments dhabitation respectivement des annexes. Ainsi à Halloy (42), petit établissement rural dont seulement deux bâtiments sont connus, l'occupation du bas-empire se concentre sur le bâtiment annexe et.plusieurs aménagements témoignent d'une activité métallurgique qui y prend place seulement à cette époque.
La villa de Malagne à Jemelle (Rochefort) (45) quant à elle,outre une forge active du IIe au IVe siècle, a livré, dans un bâtiment annexe de 14,50 m sur 12 m, un foyer en tuille daté du IVe siècle ainsi que des fragements de deux creusets pour le travail du bronze. Une dizaine de foyers de forge se répartissent autour de ce même bâtiment. Cette aire de travail fut occupée tout au long du IVe et peut-être encore au début du Ve siècle.
Un dernier exemple pour ce groupe de sites est la villa de Vezin (59), où, mis à part quelques fours peut-être en relation avec la reconstruction dune annexe à la fin du IIe siècle, la grande majorité des fours et des scories de forge et de cinglage découverts sont attribuables à la 2e moitié du IVe et le début du Ve siècle. Une partie des fours réoccupe par ailleurs à ce moment lancienne galerie du bâtiment dhabitation.