6.2. La réduction du fer sur des villae

Il existe cependant également des cas où la réduction de fer est attestée en relation directe avec les villae. En effet, au cours de notre étude, il a été possible d’identifier 16 sites individuels et deux micro-régions qui ont livré des indices pour des activités de réduction du fer en relation directe avec des villae:

Fig. 2 – Indices pour la réduction du fer sur des villae de la Gaule du Nord et de la Rhénanie

Dans trois cas, les sites de Blankenheim (8), de Ludres/Messein (97) et de Pforzheim-Hagenschiess (28), les indices pour les activités de réduction se limitent à la présence de scories de réduction trouvées en surface respectivement à la mention de scories de réduction et/ou de minerai de fer sans plus de précisions dans des rapports de fouilles. Il n’est donc pas possible de juger de l’importance ou de la durée des activités sidérurgiques, ni même d’établir avec certitude leur contemporanéité avec la villa en question. D’ailleurs la seule présence de scories de réduction sur un site d’habitat est un indice en lui-même non concluant, puisque nous savons aujourd’hui que les scories ont fait dés l’époque romaine l’objet d’une utilisation secondaire comme matériel de construction remplacant la pierre (voir la communication de N. Dieudonné-Glad dans ce volume). Pour pouvoir conclure à l’existence d’activités métallurgiques sur un site d’habitat, il faut donc bien disposer d’une série d’indices concluants: déchets de production et vestiges de structures artisanales.

Il est à noter aussi que les mêmes réserves s’appliquent également à la plupart des sites des deux micro-régions rhénanes pour lesquels des activités de réduction semblent attestées sur un nombre assez important de villae, à savoir le région de Nideggen-Berg et le plateau de Hürtgen (voir plus haut, p. xx)

Le cas de Orenhofen (26) quant à lui reste douteux, puisque les des vestiges d'activités métallurgiques (scories de fer et un bas-fourneau) trouvés lors de la fouille de sauvetage effectuée en 1921 par le Rheinisches Landesmuseum de Trèves dans la cour centrale d’un bâtiment d'habitation d’une villa romaine auraient été accompagnés de tessons des Xe/XIe siècles.

Pour deux parmi les cas attestés, l’activité de réduction semble précéder la construction de la villa, dumoins celle des bâtiments en pierre. Il pourrait par conséquent s’agir d’une activité sidérurgique limitée dans le temps et en relation directe avec les activités de construction:

Un petit nombre seulement de sites ont livré des indices pour une réduction de fer pendant l’activité «normale» de la villa. On peut mentionner dans cette catégorie p.ex. le site de Aldenhofen(2): La zone métallurgique, dont 1240 m2 furent fouillés, se rattache à une villa rustica situé un peu plus à l'est. On y a découvert 20 trous de poteaux témoignant de l’existence d’un bâtiment en bois assez vaste ainsi que de nombreuses fosses remplies de scories, mais aucun bas-fourneaux. L'activité métallurgique semble avoir été limitée au 1er siècle, le site fut ensuite réoccupée par une nécropole à incinération.

Le groupe le plus nombreux est cependant constitué de cas où les activités de réduction du fer s’inscrivent dans la dernière phase d’occupation de la villa et participent à une réaffectation partielle des anciens bâtiments d’habitation à de nouvelles fonctions économiques voire à une occupation parasite de ceux-ci.

Tel est p.ex. le cas pour Vezin(59), villa dans laquelle l'activité métallurgique est liée à une réoccupation tardive du bâtiment d'habitation. Dans l'ancienne galerie, une construction légère est érigée sur des murs partiellement en ruines. Une batterie de fours s'implante aux abords des ruines. Vingt-cinq fours circulaires ou piriformes forment un arc de cercle devant la galerie. Des scories de réduction, de cinglage et de forge ont été découvertes.

Un autre exemple qui illustre bien ce cas de figure est la villa de Horath(17) (voir fig. 6a et 6b) . Un ultime aménagement du bâtiment principal consiste en la construction d'un espace 7a, probablement ouvert, dans lequel furent aménagés un bas-fourneau et deux fours de forge, un premier dans le coin nord-est de la pièce, un deuxième installé après l'expansion du crassier de la première forge au centre de la pièce. L'espace en question a livré du matériel de la deuxième moitié du IVe siècle, mais il est impossible de dire si à ce moment la totalité du bâtiment était encore occupé.

Déjà au siècle dernier, un bas fourneau a été trouvé sur le site de la villa de Bauselenne à Mettet (52). Lui aussi participe probablement à une réoccupation tardive du bâtiment d’habitation car il se trouvait appuyé contre un mur dans l’angle d’une pièce du logis principal.