Introduction

Par son sujet, la contribution que l'on s'apprête à lire s'inscrit au cœur d'un double débat historiographique - bien familier à Jeanne-Marie Demarolle pour y avoir à maintes occasions contribué(1) - celui relatif à la nature de l'économie du monde romain d'un côté, celui concernant les rôles respectifs du monde rural et du monde urbain dans cette économie de l'autre. Cette controverse sur la nature de l'économie romaine(2)a apporté un enseignement fondamental, à savoir celui de l'inadéquation tant du modèle " moderniste " que du modèle " primitiviste " dans leur radicalité respective. Grâce à ces travaux, il est aujourd'hui également devenu évident qu'une discussion valable sur la nature de l'économie romaine nécessite une prise en compte de l'ensemble de la documentation, tant écrite(3), qu'iconographique(4)ou archéologique(5). Mais en ce qui concerne la production artisanale, un déséquilibre de plus en plus marqué s'observe entre l'état des recherches archéologiques relatives à la production artisanale et leur prise en compte dans le débat plus général sur la nature de l'économie romaine. Alors que la bibliographie archéologique relative aux sites de production artisanale s'accroît pour ainsi dire de jour en jour, cette masse de données nouvelles est loin de trouver un écho suffisant dans la réflexion sur l'économie romaine et son positionnement précis au sein des économies préindustrielles(6). Le cadre territorial de l'étude est constitué par la province de Gaule Belgique, telle qu'elle est issue de la réorganisation administrative de la Gaule sous Auguste et Tibère ainsi que des réaménagements territoriaux postérieurs intervenus jusqu'à l'époque flavienne(7) , marqués par un agrandissement d'abord, par la perte de certaines régions au profit de provinces voisines ensuite. Ainsi défini, le territoire provincial de la Gaule Belgique englobe à partir de l'époque domitienne un ensemble de treize civitates dont l'appartenance administrative à la province ne fait pas de doute (cf. tabl. 1)(8) . Pour la province de Gaule Belgique, dépourvue de colonies (9), le milieu urbain au sens propre du terme se limite aux seuls chefs-lieux de cité. Suite à la présence de treize cités romaines sur le territoire de la province au Haut-Empire, à la création de deux nouvelles cités au Bas-Empire(10) et au transfert de deux autres chefs-lieux de cités(11) , un ensemble de dix-sept agglomérations fournit par conséquent la base d'une étude de l'artisanat urbain.

Cité Chef-lieu
Ambiani Samarobriva (Amiens)
Bellovaci Caesaromagus (Beauvais)
Suessiones Augusta (Soissons)
Morini Taruanna (Thérouanne)
Menapii Castellum Menapiorum (Cassel) ensuite Turnacum (Tournai)
Viromandui Augusta Viromanduorum (Saint-Quentin)
Atrebates Nemetacum (Arras)
Remi Durocortorum (Reims)
Mediomatrici Divodurum (Metz)
Leuci Tullum (Toul)
Treveri Augusta Treverorum (Trèves)
Nervii Bagacum (Bavay)
Silvanectes Augustomagus (Senlis)
créations du Bas-Empire  
Virodunenses Virodunum (Verdun)
Bononienses Bononia (Boulogne-sur-Mer)
   
tabl. 1 - Les cités de la province de Gaule Belgique à partir de la période domitienne

Dans l'analyse des activités artisanales urbaines, nous procéderons en deux étapes. Pour commencer, nous étudierons le problème de la localisation topographique des activités artisanales urbaines en Gaule Belgique. Ensuite, nous aborderons la question de l'importance de l'artisanat urbain dans son ensemble.