RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DE L'HABITAT RURAL ET DENSITÉ DE L'OCCUPATION DU SOL
De ce qui a été dit plus haut sur l'état très inégal de la recherche dans les différentes parties de notre territoire de référence, il ressort clairement qu'une enquête sur la répartition géographique des établissements ruraux du Bas-Empire ne peut pas à l'heure actuelle être menée de manière valable pour l'ensemble de la partie occidentale de la cité des Trévires. Les données disponibles pour les parties allemande et luxembourgeoise permettent cépendant de dégager quelques observations.
Ainsi, il est certainement permis de dire que l'habitat rural tardif se concentre dans les régions qui avaient déjà connu au Haut Empire une occupation particulièrement dense en raison de leurs conditions naturelles propices. La répartition des établissements ruraux occupés au Bas-Empire (cf. carte 1) montre en effet clairement que d'une part la vallée de la Moselle, de l'autre celles de ses principaux affluents (Sûre, Sarre, Prüm, Kill) ainsi que la vallée de l'Alzette exercent un attrait manifeste sur les établissements ruraux de l'Antiquité tardive. Pour la vallée de la Moselle luxembourgeoise (carte 1, région A), la densité d'occcupation au IVe siècle peut être évaluée à 0,4 sites/km2, pour le centre (carte 1, région B) à 0,1 sites/km2. L'analyse de la répartition géographique des sites datables (carte 3) suggère d'ailleurs que le rôle de la vallée de la Moselle comme pôle d'attraction de l'habitat rural s'accentue encore tout au long du IVe siècle .
Cette tendance à la concentration de l'habitat tardif dans les vallées ne signifie cependant pas que les plateaux et les massifs plus élevés soient totalement abandonnés. L'occupation du sol reste importante dans le Gutland luxembourgeois ainsi que sur les plateaux fertiles à l'ouest de Trèves et dans une partie de l'Eifel. Compte tenu du fait que le sud de la Belgique et le nord de la Lorraine présentent des caractéristiques naturelles très proches de celles des régions qui continuent à être densement occupées au Bas-Empire, on est en droit de supposer que la densité de l'occupation du sol y ait atteint durant l'Antiquité tardive un niveau bien supérieur (entre Semois et Chiers par exemple) à celui suggéré par l'état actuel de nos connaissances.
Le massif ardennais par contre, aussi bien dans sa partie belge que luxembourgeoise, paraît au Bas-Empire à peu près vide de toute occupation humaine . Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce constat n'est pas dû à un état particulièrement insuffisant de la recherche archéologique. De nombreuses fouilles d'établissements ruraux gallo-romains ont en effet été menées dans les Ardennes belges depuis la deuxième guerre mondiale. Or aucun de ces établissements n'a livré du matériel postérieur au IIIe siècle (Mahin, 1990; Massart, 1988). Pour les Ardennes luxembourgeoises, des travaux récents ont également pu mettre en évidence de nombreux sites des deux premiers siècles de notre ère, même si la densité d'occupation n'y a certainement jamais atteint celle du Gutland ou de la vallée de la Moselle (Waringo 1991; Polfer-Thiel, 1997). Il faut donc bien se résoudre à interpréter l'absence de sites tardifs dans la région comme la traduction d'une réalité historique, à savoir un abandon quasi généralisé du massif ardennais à partir du IIIe siècle.