Le modèle de l'école finleyenne

L'ouvrage magistral de M.I. Finley "The Ancient economy" (1973) constitue certainement la publication la plus influente sur l'économie antique parue après la deuxième guerre mondiale. L'importance capitale de ce livre résulte non seulement des questions fondamentales qui y sont posées, mais aussi des les réponses claires et simples qu'il fournit. D'après le modèle proposé par Finley et développé plus tard par l'école de Cambridge, l'économie du monde antique se distingue de manière fondamentale non seulement de celle du capitalisme industriel mais aussi de celle du capitalisme "de commerce" du Moyen Age tardif et de l'Ancien Régime. Se basant sur les travaux précurseurs de Karl Bücher, mais aussi de Max Weber (1924), de Johannes Hasebroek (1928; 1931, X) et de l'anthropologue américain Karl Polanyi (1944), Finley et les adhérants de l'école "primitiviste" (p. ex Pekáry 1979, 1980, 1981, Garnsey/Saller 1987) soulignent avant tout six points:

Bien entendu l'école "primitiviste" ne passe pas sous silence l'existence au sein de l'Empire romain de quelques grands centres commerciaux et notamment de quelques villes portuaires vivant essentiellement pour et par les échanges de produits sur de longues distances. Mais ce mouvement - difficile à nier - de produits de tous genres entre l'Est et l'Ouest via la Méditerranée ainsi que dans le triangle Espagne-Gaule-Italie est expliqué avant tout par le transport de bien fiscaux. Les échanges commerciaux apparaîssent par conséquent dans cette conception comme "parasitaires" parce que directement "liés" à un système de livraisons et d'échanges non-commerciaux. Ce dernier est mis en place et directement contrôlé par l'Etat romain et il est principalement axé sur les zones frontières de l'Empire et les quelques très grandes villes (Middleton 1983; Whittaker 1985; Remesal Rodriguez 1986 a et b, Remesal 1997).

En ce qui concerne le rôle des villes dans le système économique, le modèle "primitiviste" reprend la conception de la ville "consommatrice", élaborée déjà par W. Sombart et Max Weber (Finley 1978). Une telle ville connaît bien entendu une activité productrice, mais la résultat de celle-ci n'est pas destiné au monde extérieur via une exportation systématique et structurelle. Ce type de ville s'oppose ainsi catégoriquement à la ville "productrice" qui serait caractéristique du Moyen Age tardif et de l'Europe moderne préindustrielle .

Quant au rôle assumé par la production artisanale dans la vie économique, il est humble aux yeux de la théorie primitiviste. Les artisans constituent un groupe au statut social faible, leur production est limitée en termes de quantité et destinée avant tout à l'approvisionnement de marchés locaux. Le gros de l'activité productive se déroule dans des ateliers de taille réduite, une augmentation de la production - si elle a lieu - s'effectue par une augmentation en termes de main d'oeuvre occupée et non pas à travers des investissements dans des techniques ou des instruments de travail plus productifs. Des mesures visant à la rationalisation des procédés de production ainsi qu'une division du travail s'échelonnant sur plusieurs étapes du processus de production s'observent rarement voire font totalement défaut.