Vouloir étudier les coûts absolus et relatifs des différents moyens de transports qui ont existé à l'époque romaine et le rôle qu'ils ont pu jouer dans la vie économique de l'Empire revient à effectuer une ballade en terrain miné. Rares sont en effet à l'heure actuelle les débats concernant l'antiquité romaine où les controverses sont si violentes et les positions si opposées que celui portant sur la nature de l'économie antique et sur le rôle que les échanges commerciaux ont pu y jouer.

S'il est vrai que les vues modernistes de l'école de Rostovtzeff(1) sont aujourd'hui presque unanimement rejettées, il est également vrai que la position primitiviste de l'Ecole finleyenne(2) est elle aussi de plus en plus contestée(3) . En effet, primitivisme d'une économie essentiellement rurale et basée sur le domaine autarcique, blocage technologique de l'antiquité lié au mode de production esclavagiste et système technologique antique primitif et figé(4) sont autant de dogmes de la "new orthodoxy" qui ont été sérieusement ébranlés par les recherches récentes.

Depuis quelques années, la recherche archéologique et historique témoigne d'un intérêt renouvelé pour l'économie de l'Empire romain(5) et ses bases technologiques(6). Parmi ces travaux, une place de choix revient aux études consacrées au différents moyens de transport(7) et notamment au transport terrestre(8). Ces recherches récentes, en faisant apparaître toute la diversité des modes de transport, ont entièrement renouvelé la problématique(9) . Elles rendent définitivement caduques les idées reçues d'inadéquation technique et de faible rendement.

Dans le cadre de cet article, il n'est bien entendu pas possible d'aborder tous les problèmes qui se posent en relation avec le transport dans le débat actuel sur la nature de l'économie antique en générale et romaine en particulier(10). Le but en est par conséquent bien plus limité: présenter la documentation permettant d'établir les coûts des différents moyens de transport à l'époque impériale, la soumettre à une analyse critique et en dégager, si faire se peu, quelques conclusions d'ordre plus général.