A l'issue de cette étude consacrée à la documentation relative aux coûts absolus et relatifs du transport fluvial à l'époque impériale romaine, il semble possible de dégager deux conclusions:
Le rapport que les sources nous permettent d'établir entre les différents moyens de transport à l'époque impériale ne peut certainement pas être utilisé pour démontrer le caractère "primitif" et l'inefficacité des transports à l'époque romaine. Que le transport par voie fluviale était plus cher que celui par voie maritime et considérablement moins onéreux que le transport par voie terrestre est une caractéristique partagée par toutes les sociétés préindustrielles(35). Il faudra attendre la mise en place d'un réseau de plus en plus dense de lignes de chemin de fer, c-à-d. la deuxième moitié du XIXe siècle, pour voir ce rapport être modifié de façon substantielle.
A moins de vouloir réduire à l'état de "primitivisme" toutes les sociétés préindustrielles, ce qui ne semble guère une démarche porteuse d'enseignements, la recherche future devra donc définitivement abandonner l'idée d'une économie antique "bloquée" par l'inadéquation et l'inefficacité des techniques en général et des moyens de transport en particulier. Il ne fait plus aucun doute aujourd'hui que les moyens de transport disponibles sous l'Empire romain rendaient techniquement possibles et économiquement intéressants des échanges commerciaux sur de longues distances, et ceci pour toute une série de produits qui n'étaient pas des articles de luxe caractérisés. Reste à souligner que le rôle du transport fluvial dans ces échanges commerciaux dépendait -au moins autant que des coûts absolus et relatifs- également d'autres facteurs économiques, comme la présence de marchés et le degré d'organisation des systèmes de distribution. C'est surtout dans ce domaine de l'organisation de la distribution que les recherches futures seront susceptibles d'apporter des éléments nouveaux à notre compréhension du système des transports à l'époque romaine(36).