Les origines géographiques de lagriculture sont situées au Croissant Fertile au Proche-Orient entre autre grâce à des conditions climatiques favorables. Cest en Egypte, ce don du Nil dont nous parle Hérodote, que nous allons trouver un des berceaux de la panification, car avec la bière le pain représente en Egypte antique la base de lalimentation. Dans les formules funéraires on retrouve encore et toujours la promesse de pain et les termes employés pour désigner le pain sont très variés: quinze dénominations sont attestées pour lAncien Empire et plus de quarante espèces différentes de pain et de gâteaux sont connues pour le Nouvel Empire.
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| Plan et
profil des rangées de fours dans les agglomérations de Negada I en Egypte. (source: Peter H. Schulze, Auf den Schwingen des Horusfalken, Bergisch Gladbach, 1980) |
Depuis
lépoque néolithique, de nombreux sites égyptiens
attestent la pratique de lagriculture, qui est comme nous lavons vu
dans la première partie le point de départ et la conditio sine
qua non de la fabrication du pain.
Ainsi par exemple la plus ancienne
forme de culture agricole se trouve dans le Fayoum méridien. A
laide de la datation carbone 14 on a pu constater quelle remonte au
cinquième millénaire avant notre ère. Il sagit
déjà dune culture pleinement développée
(élevage de bêtes et agriculture) dont les produits, froment, mil
et orge, sont conservés dans des paniers en roseau enfuis dans la
terre.
Dans le site néolithique dEl Omari près du
Caire, il est établi que les agriculteurs connaissaient le blé
(Triticum monococcum) qui apparaît pour la première fois en Egypte
de même que lorge et le lin.
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| Travaux
champêtres (détail). Peinture murale de la tombe de Mennah, un scribe de Tutmose I. (source: Shlomo S. GAFNI, The Glory of the Old Testament, Jérusalem 1939 |
De
même à Deir Tasa (également époque
néolithique) en bordure du désert arabique, la présence de
meules est attestée en grand nombre, ce qui prouve non seulement le
développement de lagriculture , mais aussi la production de farine
et partant laisse supposer celle du pain.
La farine, ingrédient
de base de ce pain est le résultat dun travail laborieux:
après la moisson au cours de laquelle le blé est coupé
haut vers lépi, les ânes font le dépiquage, le grain
est vanné, lancé en lair et séparé de la
balle que le vent emporte, finalement le grain ainsi nettoyé est
tamisé, stocké et compté dans des silos à grain ou
des greniers privés. Nous sommes loin maintenant des premiers
balbutiements de lagriculture de la fin du paléolithique.
Les céréales ainsi conservées sont dune grande
variété; les inscriptions hiéroglyphiques nous livrent le
nom de nombreuses espèces et sous-espèces: lorge,
lavoine, lépeautre et le dourah de même quau
moins trois sous-espèces de blé: le froment, le blé
amidonnier et le blé poulard.
La farine nécessaire
à la panification est obtenue grâce au pilage qui fait
éclater le grain. Ensuite le son est mis de côté et le
reste est donné à moudre .Pour obtenir la mouture on se sert
dune auge à deux compartiments et dune grosse pierre, les
grains sont mis dans le compartiment supérieur et quand le ou la
meunière frotte la pierre sur les grains, la farine est chassée
dans le compartiment inférieur. La farine ainsi obtenue est ensuite de
nouveau tamisée dans un tamis rond et assez profond en papyrus ou en
roseau. Cette technique est assez rudimentaire, mais il faudra attendre
lépoque gréco-romaine pour voir apparaître la meule
tournante.La farine contient donc de la poudre minérale, ce qui explique
sans doute lusure des dents qui peut être constatée sur la
plupart des momies égyptiennes.
Dans le but dobtenir une
farine plus fine, on fait sécher les grains au soleil ou on les
torréfie légèrement avant de les moudre. Ainsi
déjà à Abydos durant le nagadien (époque
pré-dynastique se terminant vers 3.000 av. J.C.) les fouilles ont mis
à jour un ensemble élaboré de pots en terre cuite
placés en lignes décalées et insérés dans un
four à torréfaction en briques.
Par ailleurs, on ne
prépare généralement pas plus de farine que celle
nécessaire à chaque fois à la fabrication de la
quantité de pain désirée. On conserve le grain, non la
farine. Cela est dautant plus simple que les meuniers et les boulangers
travaillent souvent ensemble, à moins qu il ne sagisse
dune fabrication de pain domestique qui est très fréquente.
Dans ce cas la mouture et la fabrication du pain sont également
concomitantes.
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| Figurine
en terre cuite dune femme pétrissant la pâte (provenance: cimetière phénicien dAchsib) (source: Shlomo S. GAFNI, The Glory of the Old Testament, Jérusalem 1939) |
Pour la
confection de la pâte, les Egyptiens ajoutent à la farine de
leau , un peu de sel et du levain. La pâte peu consistante est
pétrie ou plutôt malaxée dans de grandes jarres en terre
cuite. Lélément indispensable à lobtention
dun pain et non dune simple galette est le levain.Ce levain est
obtenu par fermentation et même à partir de 1500 av. J.C. on
emploie une véritable levure dont les accharomyces, sous forme liquide ,
proviennent de la fabrication de la bière. De même, la
bière est fabriquée par délayage de pains dorge
germée avec du jus de datte.
Dans lAncien Empire (vers
2.505 - 2.180 av. J.C.) la cuisson se fait sur des pierres plates
placées sur le feu ou dans des moules en argile de forme conique
préalablement chauffés sur le feu, puis remplis de pâte et
bouchés. Après la cuisson, le pain est démoulé et
compté, car en Egypte, tout est toujours compté. Au Nouvel Empire
(vers 1.540 - 1.075 av. J.C.) lévolution continue et nous voyons
apparaître des fours à pain construits généralement
en briques. Ceci permettra également la fabrication commerciale du pain
à partir de cette époque.
Quels sont alors ces pains qui
sont finalement consommés en Egypte durant lAntiquité? Nous
avons dit plus haut quil existait un grand nombre despèces
différentes de pain et de gâteaux . Nous ne disposons
daucune recette puisque jusquà ce jour aucun manuel de
boulanger-pâtissier na encore été trouvé parmi
les papyrus. Cependant nous savons que les pains diffèrent par leur
forme: pain carré, miche ovale, galette ronde ou pain conique; que
lon peut employer plusieures farines dans leur préparation et
quenfin leurs saveurs varient fortement selon quon les accomode de
divers ingrédients.
Ainsi Hérodote
(Histoire, II, 92) et le botaniste Théophraste
(Histoire des plantes, IV, 8,II) expliquent quil existe en
Egypte un pain préparé avec de la farine de graines de lotus, qui
ressemblent à des grains de mil, pétrie avec du lait et de
leau. Selon Pline (Histoire naturelle, XXII, 28) ce pain,
mangé chaud, est léger et digeste. La pâte à pain
peut être enrichie avec de la graisse (blanche selon les textes
égyptiens) et des oeufs, ou bien sucrée au miel ou avec des
fruits (figues, jujube, pulpe de palmier, dum au goût de gingembre,
etc.), placés entre deux disques de pâte. Parfois on étale
sur des galettes faites de blé sucré une sorte de marmelade de
dattes et de miel.
Il semble que ce pain ne soit toutefois
destiné quaux classes aisées. Les classes plus modestes,
quant à elles, se nourissent surtout de pain dépeautre. Ce
même pain qui constitue avec loignon et la bière leur
alimentation quotidienne interrompue seulement de temps en temps par un plat de
viande. Le pain de par son importance dans léconomie egyptienne
tant en amont( production céréalière) quen aval
(pain en tant que moyen de paiement des ouvriers employés aux chantiers
royaux et nourriture de base de la population en général) joue un
rôle primordial.
petite
bibliographie
1) Jean-Louis FLANDRIN et Massimo MONTANARI (dir.),
Histoire de lAlimentation, Fayard, Paris, 1996;
2) Peter H. SCHULZE,
Auf den Schwingen des Horusfalken, Gustav Lübbe Verlag, Bergisch Gladbach,
1980;
3) Georges POSENER, Dictionnaire de la civilisation
égyptienne, Ed. Fernand Hazan, Paris, 1970;
4) Heinrich Eduard
JACOB, Sechstausend Jahre Brot, Rowohlt Verlag, 1954;
5) Pierre GRANDET, La
nourriture des pharaons, in: LHistoire, no. 85, 1986, pp. 106 et 107;
6) Guy RACHET, Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Larousse,
Paris, 1998;
7) John A. WILSON, Aegypten, in: Propyläen
Weltgeschichte, Bd. 1, Propyläen Verlag, Berlin, 1960-1964,
réimpression 1986;
8) Maria Luisa MIGLIARI et Alida AZZEDA, La
gastronomie des la préhistoire à nos jours, Ed. Atlas, Paris,
1979;
9) Raymond CALVEL, Le pain et la panification, coll. Que-sais-je,
PUF, Paris, 1979;
10) Pierre MOUTET, La vie quotidienne en Egypte au temps
de Ramsès, Hachette, Paris, 1964