5. Les collections privées

Les collections privées - mis à part quelques collections numismatiques et l'importante collection Dupaix de Dalheim, acquises en 1899 - ne jouent qu'un rôle secondaire dans la formation du musée de la Société archéologique et plus tard de la Section historique, au moins pendant les premières 50 années. Pendant cette première période, ce sont les dons qui arrivent directement des fouilles ou des découvertes, à fur et à mesures, soit par transmission des membres ou par leur intermédiaire, soit par acquisition plus ou moins immédiate auprès de l'inventeur ou propriétaire. à quelques exceptions près, naturellement.

Vers la fin du siècle passé et au début de notre siècle, cette situation change. Le nombre des dons diminue; parfois, le conservateur essaie d'acquérir un objet directement à son inventeur, mais cela ne va pas toujours sans problème. Un bon exemple en est le trésor de monnaies romaines d'Ermsdorf (dont la plupart datent des années 315-340) et que le conservateur van Werveke ne put acquérir qu'après quelques péripéties:

"Au mois de mai 1880, le porcher du village d'Ermsdorf ... découvrit prés du village un grand pot en terre rouge ordinaire, rempli de médailles romaines en petit bronze, couvertes d'une épaisse couche d'oxyde et absolument méconnaissables. Le bonhomme, ne sachant que faire de sa trouvaille, distribua un rand nombre de ces pièces entre les enfants et les habitants du village; il se tut cependant sur l'endroit où il les avait trouvées. Et il est bien probable que toute la trouvaille aurait été dispersée, si M. le Directeur général des finances de Roebé, averti par M. Knaff de Larochette, ne m'avait fait prévenir."

"Je me rendis immédiatement sur les lieux, mais j'y rencontrai partout la plus grande défiance: le porcher, nommé Back, ne voulut rien savoir d'une grande quantité de médailles, et je ne pus acquérir que 125 pièces. D'autres personnes m'avaient déjà devancé, avaient fait un bruit exagéré et rendu méfiant, non seulement le sieur Back, mais tout le village. Mes questions et mes instances m'avaient donné la conviction cependant qu'il s'agissait réellement d'une grande quantité de médailles, de sorte que, surtout depuis que je m'étais convaincu que les pièces se nettoyaient facilement et étaient bien conservées, je retournai à Ermsdorf, j'y retournai même cinq fois, jusqu'à ce qu'enfin j'avais pu rassembler prés de cinq mille pièces."

"Je suis sûr, néanmoins, que, malgré toutes mes démarches, je n'ai obtenu guère que la moitié du trésor, une partie avait été enlevée par d'autres habitants du village, avant que Back eut enlevé le tout; des centaines furent jetées dans le ruisseau par les petits enfants, la plupart furent dispersées dans tous les endroits des environs; l'éveil une fois donné, c'était une véritable chasse aux médailles; les amateurs se suivaient sans cesse, et, avec eux, augmentait toujours le prix des médailles."

Des 5.000 pièces achetées par van Werveke, environ la moitié (les "doubles") furent utilisées pour faire des échanges, de sorte que seulement 2.500 pièces soient parvenues aux collections du MNHA. Quant aux échanges faites avec p.ex. le Rheinisches Landesmuseum à Trèves, la plupart des pièces n'est plus repérable dans le médaillier de celui-ci.

Cette histoire démontre aussi la présence accrue des "amateurs" collectionneurs, surtout de monnaies. Sans vouloir entrer dans les détails - ce qui dépasserait le cadre de la présente étude -, passons rapidement en revue quelques-unes des collections privées que le MNHA a pu acquérir afin d'enrichir ses collections.

5.1. Les collections Mischel et Bisenius

Un certain J. Mischel était propriétaire d'un terrain à Altrier. La Section historique lui propose, en 1913, la cession du droit d'exploration sur une surface de 1 à 2 ares, afin d'y procéder à des fouilles de sondage, ce que Mischel refuse. Il veut faire les fouilles lui-même, et il découvre des substructions d'habitations romaines ainsi que des tombes. "Ces tombes renferment tout ce que la culture gallo-romaine pourra offrir à l'archéologue de biens caractéristiques du travail de cette époque ... Le mobilier est surtout remarquable par le grand nombre de jouets d'enfants (sic?) en os, ivoire, verre et terra cotta, de nombreux objets fins en bronze, ornements et bagues en fer. Le cimetière gallo-romain d'Altrier, longtemps soupçonné par Engling, était découvert." La Section historique, qui voudrait intervenir, n'y réussit pas puisque Mischel, en tant que propriétaire du terrain, refuse d'interrompre ses fouilles. Déjà en 1890, le conservateur van Werveke avait déploré l'absence d'une législation applicable aux découvertes archéologiques, même en saluant les efforts assez timides, il est vrai, du gouvernement à ce sujet, sous forme d'une mesure "prise par le plus éclairé protecteur de nos antiquités, M. Paul Eyschen. Dès qu'une trouvaille de quelque importance se fait, les brigadiers de la gendarmerie sont tenus d'en avertir immédiatement leur chef qui, de son côté, transmet sans tarder ces rapports à M. le Ministre d'Etat; S. Exc. les fait tenir au conservateur du musée, de sorte que celui-ci est en état de se rendre sur les lieux presque toujours le lendemain ou le surlendemain de la trouvaille. Il est inutile de faire ressortir la haute importance de cette mesure. De nos jours, où tant d'amateurs se disputent les antiquités et, soit dit en passant, les enfouissent dans leurs cabinets d'où ils ne voient plus le jour, où tant de marchands exportent à l'étranger les plus beaux des objets qu'on trouve, cette mesure était la seule qui pût nous mettre à même de sauvegarder les intérêts de notre histoire nationale et restera aussi la seule, tant que nous n'aurons pas de législation spéciale, à l'instar de celle des pays scandinaves, faite dans le but d'assurer la conservation de tous les monuments historiques." Il faut dire que la mesure du ministre n'allait pas vraiment produire les effets désirés ...

Comme Mischel, Bisenius est un résident de la région et y procède à des fouilles pour compte propre.

En 1917, Mischel et Bisenius se mettent ensemble pour fouiller encore deux cimetières gallo-romains situées dans le Marscherwald, prés d'Alttrier:

Les deux fouilleurs se partagent les objets recueillis.

Le Musée réussit à acquérir les deux collections: d'abord la collection Mischel en 1929, puis la collection Bisenius en 1930. Si le conservateur Paul Medinger reléve encore "les soins minutieux qui ont été mis à la conservation des pièces et l'ordre dans lesquelles elles se présentent", le musée, toujours en l'attente d'installation définitive et en l'absence de ressources humaines et financières suffisantes, n'a pas facilité la tâche de catalogage postérieur. Eugènie Wilhelm se voit obligé de remarquer que "malheureusement, cette collection ... a souffert, comme tant d'autres, des suites de déménagements successifs et autres circonstances fâcheuses." Quant à une série de 108 monnaies de la collection Mischel, Raymond Weiller indique qu'ils proviennent des trois cimetières fouillés par Mischel et par Mischel et Bisenius ensemble, mais que "les descriptions insuffisantes des PSH ne permettent pas de déterminer leur provenance exacte". Mais au moins il a été possible d'identifier les monnaies de la collection ce qui est plus ce qu'on peut dire pour les monnaies romaines de "la collection F. Müller de Lamadeleine, acquise en 1934, (qui) ne sont plus repérables au médailler".

Le mobilier funéraire des tombes fouillées par Mischel et Bisenius comprend en outre les objets suivants, groupés par tombes individuelles, bien que l'attribution ne soit pas toujours sûre:

5.2. La collection Graf

Le Dr. Ernest Graf (1858-1924), médecin à Echternach et collectionneur passionné, entretient des relations plus amiables avec la Section historique, dont il est membre correspondant. Ses intérêts s'orientent avant tout vers la préhistoire, sans se limiter à celle-ci. En 1914, il fait don de divers objets à la Section historique, notamment de 120 haches néolithiques.

Après le décès du Dr. Graf, le gouvernement fait l'acquisition, encore en 1924, de la collection Graf pour la déposer dans le nouveau Musée national (dont l'installation définitive, rappelons-le, ne se fera qu'en 1937-1939). La collection comprenait 681 monnaies, dont beaucoup de provenance connue, ainsi que plus de 1.200 artefacts lithiques, notamment des haches (parmi lesquelles se trouvent toutefois quelques - rares - falsifications), qu'il avait recueillies dans la région d'Echternach - pratiquement dans toute la zone où il exerçait son activité médicale. Selon la tradition orale, il était parfois disposé à recevoir ses honoraires sous forme d'artefacts au lieu d'argent...

Tout récemment, Raymond Waringo du MNHA a essayé d'identifier également les objets provenant de fouilles que le Dr. Graf a entreprises lui-même, en accord avec la Section historique, notamment dans les années 1912 à 1914. Ils sont entrés au musée en 1914, faisant partie du même don que les 120 haches néolithiques ci-dessus. Ces objets - essentiellement de tessons de poterie, tous les autres objets (fibules etc.) s'étant perdus entre-temps - se trouvent dans le dépôt du MNHA, emballés dans six boîtes, accompagnés seulement de fiches très sommaires rédigées encore par Graf lui-même et qui se limitent à indiquer le numéro du tumulus fouillé. Toute indication des lieux (nom du lieu ou du lieu-dit), toute description de l'objet manque. Les tumuli fouillés, datant de l'âge du bronze et de l'âge du fer, se situent notamment à Mompach-"Behrweiler" (8 tumuli), Lellig, Consdorf-"Gebranteboesch" et dans la forêt du Marscherwald (région où Mischel et Bisenius étaient également actifs). Il paraît que le Dr. Graf avait visité Mischel, en 1912, et avait reçu de celui-ci quelques "objets bien conservés" provenant des fouilles faites par Mischel. C'est après cette visite que le Dr. Graf procède à la fouille de trois tumuli au Marscherwald, dont le mobilier funéraire en céramique est probablement parvenu au musée en 1914, dans sa totalité. Malheureusement, il n'a pas été possible d'identifier tous les objets provenant de cette fouille, et encore moins de les attribuer à l'un ou l'autres des tumuli.

5.3. La collection Malget

En 1930, le musée acquiert encore une collection privée, provenant du Dr. Eugène Malget (1858-1929), médecin à Martelange (Belgique) et comprenant notamment des fragments de verre datant de l'époque romaine et recueilli dans les environs de Martelange. Toutefois, "l'ensemble des objets archéologiques ayant souffert des transferts imposés aux collections des Musées de l'Etat, et vu la désignation lapidaire des fragments, une reconstitution s'avère impossible." Cela ne veut pas dire forcément qu'aucune identification ne soit possible, si l'on pense à ce que Raymond Waringo a encore pu vérifier quant à la collection Graf, en explorant notamment des notes manuscrites et les journaux de l'époque. Encore un tâche qui attend un chercheur avec beaucoup de temps et de patience ...

5.4. La collection Erpelding

Franz Erpelding (1890-1974) avait formé une belle collection tout autour du Titelberg. Sa collection ne se limite pas à une période déterminée, mais comprend d'objets néolithiques, gaulois et gallo-romains. Par contre, elle se limite à un seul site, le Titelberg. Cette collection est entrée au musée, par acquisition, en 1965.

L'ensemble recueilli par Erpelding groupe notamment: