Si l'on veut étudier les collections archéologiques nationales du Grand-Duché du Luxembourg, c'est au Musée National d'Histoire et d'Art (MNHA) qu'il faut se diriger. En effet, c'est le seul grand musée du genre qui existe dans le pays. A part le MNHA, il n'y a qu'un nombre restreint de petits musées régionaux ou de musées spécialisées.
Le MNHA comprend, outre les sections archéologiques qui nous intéressent directement, les sections suivantes:
L'archéologie au MNHA est divisée en quatre sections:
Le MNHA est une création relativement récente, puisqu'il n'a ouvert ses portes au public qu'en 1946 avec quelques salles temporaires et définitivement en 1949. Initialement, l'ouverture avait été prévue pour 1939 (après que l'Etat avait acheté le bâtiment du futur musée en 1922), mais dû à la guerre, on préféra déménager les collections dans les caves et casemates jugées plus sûres. Le Musée dans sa forme actuelle est donc une fondation tardive, avec une genèse lente et compliquée. Mais le noyau du Musée remonte au 19e siècle et s'inscrit dans des phénomènes similaires dans les pays voisins, voir la tradition des sociétés savantes d'une part et la prise de conscience nationale d'autre part. On en reparlera de ce phénomène.
Les intérêts des premiers collectionneurs portaient essentiellement sur les vestiges de la période romaine au Luxembourg. Certes, les sources signalent l'une ou l'autre acquisition de silex ou de hache de pierre, telle ou telle découverte à l'oppidum gaulois du Titelberg. Mais cela restent des exceptions, et la recherche systématique concernant des périodes autres que l'époque gallo-romaine ne s'initie vraiment qu'au 20e siècle.
C'est ainsi que Nicolas van Werveke, dans sa qualité de secrétaire-conservateur de la Société Archéologique, écrit en 1890 dans son rapport annuel que "l'époque préhistorique, longtemps fort négligée," avait commencé à fournir "un assez grand nombre d'objets, dans les dernières années". Mais encore en 1979, dans le premier numéro du Bulletin de la Société Préhistorique Luxembourgeoise, société nouvellement fondée, Raymond Waringo se voit obligé de constater que "l'âge du Bronze Final ou période des Champs d'Urnes est assez mal représenté au Luxembourg. La documentation n'abonde pas (... ). Cependant, tout porte à croire que cette lacune est due bien plus au désintéressement des chercheurs qu'à l'absence réelle des sites" - situation qui aux yeux du même auteur, persiste encore dix ans plus tard: "Das Grossherzogtum stellt für viele vorgeschichtliche Epochen immer noch einen weissen Fleck auf der Karte dar; das hat ausnahmslos forschungsgeschichtliche Ursachen".
Ces intérêts historiques se reflètent évidemment dans les collections, et surtout dans le choix des périodes documentées dans les exhibitions.
En outre, vu la nécessaire cohabitation de secteurs à orientation fort diverse, l'archéologie n'occupe qu'une partie de l'espace disponible du Musée. Après la grande exposition de 1995/96 "Les empreintes du passé" qui présentait tout l'éventail de l'archéologie au grand public et qui occupait également l'espace habituellement réservé aux beaux-arts, les sections préhistoire et protohistoire ont dû libérer cet espace à nouveau et ont disparu dans les dépôts, sauf une ou deux exceptions. Ce n'est donc que la présentation de la période gallo-romaine qui est accessible au grand public. Cette situation ne se modifiera à fond qu'avec les grandes transformations du bâtiment du MNHA qui sont prévues pour les prochaines années, à la suite d'un concours d'architecte mené à bien en 1997. A titre de curiosité il faudra également référer que l'homme de Loschbour - une inhumation du mésolithique - se trouve au Musée d'Histoire Naturelle où il fait partie de la section "anthropologie physique", certainement parce que le site de Loschbour avait été fouillée en 1935 par les services de celui-ci.
C'est pour ces deux raisons - le pôle d'intérêts du 19e siècle et la réalité d'exposition d'aujourd'hui que le présent travail se penchera essentiellement sur les collections gallo-romaines du MNHA. Les collections numismatiques, même celles concernant la même période, ne seront pas traitées systématiquement, mais l'un ou l'autre cas sera inclus quand il s'agit d'un cas symptomatique ou spécialement significatif.